Danses traditionnelles lazes : le horon

4 min de lecture

Horon : Le cœur battant de la culture Laz
De toutes les expressions culturelles qui définissent le peuple laze, aucune n'est plus immédiatement reconnaissable ni plus puissante émotionnellement que le horon, la danse traditionnelle en cercle et en ligne de la côte de la mer Noire. Le horon n'est pas qu'une simple danse ; c'est un rituel communautaire, une célébration de l'identité et une manifestation physique de l'esprit laze. Lors des mariages, des festivals et des rassemblements communautaires à travers tout le Lazistan, le son du tulum et le spectacle des danseurs se mouvant à l'unisson demeurent parmi les expériences les plus émouvantes de la vie culturelle laze.
Caractéristiques du Horon
Le horon se caractérise par son tempo extrêmement rapide, son jeu de jambes précis et énergique, et son exécution en formation serrée, en ligne ou en demi-cercle. Les danseurs se tiennent épaule contre épaule, bras entrelacés ou mains jointes, se mouvant comme un seul être. Le pas de base consiste en un tremblement rapide et rythmé de tout le corps, notamment des épaules et du torse, combiné à des mouvements de pieds vifs et précis qui s'accélèrent à mesure que la musique monte en puissance.
Ce qui distingue le horon laz des autres variantes régionales, c'est sa vitesse et son intensité exceptionnelles. Si des danses de style horon sont pratiquées sur toute la côte turque de la mer Noire, de Sinop à la frontière géorgienne, la version laz, notamment telle qu'elle est dansée dans les régions d'Artvin et de l'est de Rize, est largement considérée comme la plus rapide et la plus exigeante physiquement. Cette danse requiert une endurance et une coordination hors du commun, ainsi qu'une profonde connexion intuitive entre les danseurs.

Accompagnement musical
Le horon est traditionnellement accompagné de deux instruments emblématiques de la région de la mer Noire :
- Le Tulum (Lazuri : gudu): Une cornemuse en peau de chèvre, produisant un son continu et lancinant qui rythme la danse. Le tulum est sans doute l'instrument laz le plus authentique, profondément enraciné dans les traditions pastorales des hauts plateaux de la mer Noire.
- Les Kemençe (Lazuri : kemença): Le kemençe est un petit violon à trois cordes frottées, au son nasal caractéristique. Le joueur de kemençe (kemençeci) est une figure très respectée dans les communautés lazes, et les joueurs virtuoses sont considérés comme des trésors culturels.
De nos jours, le horon est également joué avec l'accompagnement du davul (tambour) et du zurna (instrument à vent à anche double), notamment lors de grands événements publics et de mariages.
Valeurs culturelles
Le horon remplit de multiples fonctions sociales dans la culture laze. Lors des mariages, il constitue l'événement central des festivités, les familles des mariés rivalisant d'adresse sur la piste de danse. Lors des fêtes de village et des célébrations saisonnières, le horon renforce les liens communautaires et offre un espace d'expression collective de la joie, du deuil et de la solidarité.
Pour la diaspora laze, notamment à Istanbul, Ankara et en Allemagne, le horon est devenu un symbole particulièrement fort d'identité culturelle. Les associations culturelles lazes organisent régulièrement des spectacles et des concours de horon, et cette danse est devenue un vecteur de fierté culturelle pour les Lazes. Des vidéos de performances de horon spectaculaires deviennent régulièrement virales sur les réseaux sociaux, faisant ainsi découvrir la culture laze à un nouveau public à travers le monde.
Variations régionales
Les différentes communautés lazes possèdent leurs propres variantes de horon. Le horon Ardeşen est réputé pour son tempo particulièrement rapide, tandis que le style Çamlıhemşin intègre des mouvements de bras plus élaborés. Le horon Hopa se caractérise par des pas distinctifs, influencés par la proximité de la Géorgie. Ces variations régionales sont source d'une émulation amicale et de fierté au sein des communautés lazes.
Préservation et avenir
Bien que le horon demeure une danse vivante au sein des communautés lazes, la transmission du savoir-faire traditionnel aux jeunes générations, notamment en milieu urbain, suscite des inquiétudes. Les organisations culturelles et les groupes de danse jouent un rôle essentiel dans l'enseignement du horon aux jeunes Lazes et contribuent à la pérennité de cet art exceptionnel. Le horon est bien plus qu'un simple divertissement : il est l'âme de la culture laze, et sa préservation est indispensable à la survie de l'identité laze.












