La révolte des chapeaux de Rize de 1925 : les Hamidiye et les pendaisons

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Durant l'hiver 1925, la ville laze de Rize devint le théâtre de l'un des épisodes les plus douloureux de la mémoire laze moderne : une révolte populaire contre la nouvelle loi sur le chapeau, réprimée à l'aide d'un navire de guerre et d'une série d'exécutions publiques.
La loi sur le chapeau
Le 25 novembre 1925, la jeune République turque adopta la loi sur le chapeau (Sapka Kanunu), qui imposait aux hommes de porter un chapeau à larges bords de style occidental en lieu et place du fez, du turban et des autres coiffes traditionnelles. Dans les villages conservateurs et religieux de l'est de la mer Noire, cette mesure fut perçue comme une atteinte à la foi et aux coutumes. À Rize, une foule se rassembla devant la Grande Mosquée (Ulu Cami) pour protester, affirmant que leurs turbans leur suffisaient.
Le Hamidiye off Rize
Lorsque le gouverneur local alerta Ankara, le croiseur Hamidiye, célèbre navire de guerre de la fin de la marine ottomane, fut dépêché sur la côte et ouvrit le feu sur les collines surplombant la ville afin d'intimider les manifestants et tous ceux qui auraient pu se joindre à eux. L'ampleur exacte du bombardement fait encore débat parmi les historiens, mais son message était sans équivoque : la résistance serait écrasée.
Le Tribunal de l'indépendance et les pendaisons
Un tribunal de l'Indépendance (Istiklal Mahkemesi), cour révolutionnaire spéciale de l'époque, fut dépêché pour juger les participants. Après les audiences de décembre 1925, huit hommes de la région furent condamnés à mort et pendus publiquement à Rize. Parmi eux figuraient Saban Koliva (Hafiz Saban), imam de la Grande Mosquée et considéré comme un chef du mouvement, ainsi que Kadir Koliva, Sabit Tarakcioglu, Yakup Pece, Muhammet Pece, Haci Hasan Efendi, Hafiz Mahmut Kamburoglu et Hasan Kulunkoglu. Des dizaines d'autres furent emprisonnés loin de chez eux, à Sinop et à Adana.
Un souvenir contesté
La révolte de Rize demeure un sujet sensible et controversé. Certains récits la présentent comme une répression religieuse et insistent sur les bombardements ; d’autres s’interrogent sur son ampleur et les accusations exactes. Ce qui est incontestable, c’est que des hommes de la région, y compris des membres de familles lazes renommées comme les Koliva, furent exécutés dans leur propre ville pour avoir résisté au nouvel ordre. Pour les Lazes de Rize, elle reste le souvenir d’une communauté qui a payé un lourd tribut pour son attachement à ses traditions.
Note : ce chapitre de l'histoire des débuts de la République fait l'objet de débats, et les lecteurs trouveront des récits et des chiffres différents selon les sources turques.
Sources
- La révolution du chapeau on Wikipedia
- Rize on Wikipedia
Image : le croiseur ottoman Hamidiye, via Wikimedia Commons (domaine public).












